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Le coq de bruyère


Il n’était pas six heures qu’Esperance se tenait déjà en duel avec l’amoncellement de montagnes, au tendre horizon qu’elle connaissait dés lors. Saint-Véran, une lueur pâle traversant l’aube rose, et la blancheur de la jeune fille. Rien ne l’émerveillait plus  ni ne méritait autant son attention, au monde.
Maintenue gracieusement sur ses sandales pourpres, par la force de ses mollets délicats, elle saluait le jour et embrassait la nuit. Son coude droit, paraissait chuchoter à son égal à gauche qu’il serait le premier à vaincre le vent glacial pour protéger ce qu’Esperance avait de plus beau : son visage immaculé, ses lèvres de soie. Un instant, il demeure inchangé. Ses dents, chétives, grelottaient tandis que  la brise enfonçait ses griffes dans la gorge de ce léger iris des cieux, soulevait sa robe nette et nacre.

Elle cherchait un prince, seul survivant, privilégié devançant la première chute de la rosée matinale. Elle était partie à la rencontre d’un coq de bruyère. Elle allait le surprendre à l’extrémité d’une branche pour l’inviter à danser.  Elle appréciait ce moment unique de cohésion avec un atypique animal, au bal estival de sa pensée. Le grand tétras, charmante noirceur des Hautes Alpes ne jugeait pas l’imperfection de son corps, sottement c’est à peine s’il percevait plus loin que son ombre. Cependant il répondait à chacun de ses appels avec grâce et volupté. La femme embrassait son cou fier et très droit. Il arborait une assurance militaire, elle souriait comme un emblème. Esperance l’aimait, elle l’admirait  bien plus qu’une frêle douzaine de ses amants.

La bien aimée, majestueuse, dés le soleil, servait des tasses de liqueur et en buvait parfois.

Anna Razumovskaya

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