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À suivre...


Cher monsieur, nous avons convenu d’un rendez vous. J’ai tout noté, j’ai retenu l’intégralité de notre entrevue. De cet unique rendez-vous évidemment.
Non, pas sur un cahier, ne soyez pas si suspicieux, est ce que je semble névrosée au point de caractériser vos actions des coups furtifs de l’encre d’une plume sur du papier ligné ?
J’ai bonne mémoire, voilà tout. Oublions, vous ne m’avez rien demandé.  

Vos yeux. Vos mains. Vos dents (la vingt deuxième n’est elle pas échancrée). Camouflées par la couverture  de votre bouche. Vos lèvres pourpres. L’écume blanche de votre salive, presque inexistante à leurs éxtrémités. Votre souffle régulier. Comme le poète propose une vision idéalisée du monde, on ne peut le dépareiller de son idéal tellement chéri et délirant, qui n’est autre que l’être aimé, Mon taux d’adrénaline avait atteint son summum au regard de votre harmonieuse physionomie. Je n’évoque pas encore vos genoux. Ils sont larges et souples. Cinquante-quatre centimètres les séparent du sol. Je suppose que votre silhouette changera si vous pliiez vos jambes, et votre pantalon formerait des plis disgracieux.

Les mots doucereux avec lesquels vous parlez avec tant d’aisance me ravissent. Aimez vous la musique? Votre ton sec mais calme, votre voix sûre, le lyrisme dans vos syllabes, le ton de vos phrases, la musique de vos exclamations en tout genre. Vous jouez du piano, vous interprétez des morceaux de Chopin. Vos doigts virevoltent sur le clavier, ils sont légers mais courbés par l’exercice ce qui rend vos articulations carrées, surplombant votre chair. Vous auriez presque l’air maigre.
Votre peau semble dorée par le soleil.
Je connais une femme qui reproduisant chaque jour un rituel, elle se rendait à votre fenêtre et contemplait vos joies quotidiennes : lorsque vous vous extasiez devant votre instrument.

Lisez vous ? Un peu, du théâtre probablement. Qui vous donne la réplique ? Notre échange est demeuré sans sons.

Votre généreux appétit  a donné naissance au fil des années à un ventre légèrement trop volumineux. Votre nuque est droite. Vos bras sont bien charpentés et élancés. Vos jambes sont sveltes, vos mollets sont gras. Si moelleux que l’on aimerait les...

Effleurer. Ces caresses seraient comme le cheminement vers une extase nouvelle, indicible. Vos baisers me feraient jouir de plaisir et rendraient ma peau humide et rose. L’air glacé ne saurait réfléchir l’état de torpeur dans lequel je me serai confinée.
                                                                                                   
Etiez vous malheureusement la fugace evanescence du songe d'une nuit d'été ?

Au bon plaisir de vous revoir. Demain soyez à la fontaine. S’il vous plait. Lorsque l’horloge retentira de son dixième coup.
Vous répeterez instinctivement ceci : -Bonsoir. Ce à quoi je répondrai
-Bonsoir, quelle aubaine de se croiser ici. Je serai vêtue de mauve.

La danseuse. 

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